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Welcome to Suchitoto

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... l'aventure se transporte au El Salvador, Amérique Centrale

dimanche 13 novembre 2011

… L'ESPOIR vs la RÉALITÉ ...

Quelques mots et une citation sur l'Espoir, petit poison, s'il en est un. (Poison ... poison? Oh, les gros mots.) Espoir que cela sera différent un jour, que les choses changeront. Que la réalité ira mieux. Que la réalité ne sera plus cette réalité, mais une autre réalité. Ça fait beaucoup de réalités, cela. Et pourtant, il n'y en a qu'une réalité : celle devant nous.

Le principal défaut de l'espoir, c'est qu'il nous «permet» de nier la réalité. En fait, ce n'est qu'une illusion : nous n'y échappons jamais. Ce n'est pas possible d'échapper à la réalité : sinon, ce ne serait pas la réalité. La réalité a beau être truffée de défauts et souvent pénible, mais elle a néanmoins une grande qualité: elle est ce qui est. Sans ambages, sans mensonges, sans fioritures

Pendant cette vaine tentative de fuite, dont le carburant est l'espoir, nous n'agissons en rien pour vraiment transformer la situation. C'est-à-dire, nous ne prenons pas conscience de ce qui est véritablement en place et, finalement, toute notre énergie est gaspillée dans le faux, dans la négation.

Même si au bout du compte, il n'est pas possible de changer cette réalité, en étant quand même pleinement conscients de ce qui est, nous nous trouvons alors dans les meilleures conditions pour l'accepter, tel qu'elle est. Nous pouvons soit changer quelque chose, soit l'accepter, rien d'autre. Toutefois, dans les deux cas, il faut avoir une idée précise de la réalité : l'espoir nous empêche de la voir clairement.

            Mieux vaut un sain désespoir.

Je vais essayer de définir le mot désespoir. Si l’on vit d’espoir, on ne vit plus dans le présent, on vit ailleurs, dans le conditionnel, dans l’attente, dans l’espérance. Et l’espérance, se trouve justement en dehors de la réalité. Le désespoir dont il est question ici n’est pas dramatique, comme d’aller pleurer, de déchirer sa chemise ou se tirer une balle. Il fait plutôt référence au fait de renoncer à vivre d’espoir pour être en mesure de vivre dans le présent.

Le désespoir. Il faut prendre le mot à la lettre : le désespoir, au sens où je le prends, c’est moins la tristesse que l’absence totale d’espérance… Ni espérance, ni nostalgie; ni crainte, ni remords.

Seul le désespéré est heureux; car l’espoir est la plus grande torture qui soit, et le désespoir, le plus grand bonheur.

                De l’autre côté du désespoir: Introduction à la pensée
               de Svâmi Prajnânpad
André Comte-Sponville
Éd. Accarias/L'originel, 1997.

Une grande partie de nos efforts de vie est reliée à la négation même de la réalité. Surtout quand elle ne fait pas notre affaire. C'est une des principales sources du silence autour de l'inceste, de l'abus sexuel des jeunes garçons par des prêtes sans scrupules, des femmes battues, du couple qui ne s'endure plus - bref, notre souffrance en général - : la négation de la réalité. Accompagné, bien sûr, de l'espoir; que cela changera, que nous avons mal vu, mal compris, que ce n'est pas vrai, que ce n'est pas la réalité réelle, quand, en fait, ce l'est.

Le refus, aussi, de voir la réalité des autres tel qu'elle est. De voir seulement ce que nous voulons voir pour ne pas avoir à intervenir, aider et/ou se préoccuper de l'autre. Éviter soigneusement de lui dire ce que nous voyons, pour ne pas le blesser et/ou avoir à répondre de notre effronterie. La peur que si nous y touchons à cette réalité, bien, ça nous arrivera à nous aussi, comme par contagion. Ou encore, qu'il nous dira en retour la nôtre.

Cela inclut éviter de comprendre la souffrance que nos agissements égoïstes provoquent dans un monde inter-relié et «global»: notre rôle direct dans la pauvreté des autres quand nous payons nos bananes $,29 la livre et notre café $20 le kilo. Étant donné qu'il y a un pauvre hère à l'autre bout du monde qui, lui, est payé $2 pour sa journée de travail à cueillir ces mêmes bananes et à torréfier ce même café, si délicieux le matin, servi avec croissant et marmelade. Il n'est juste pas chanceux de naître là-bas, dans ces pays pas chanceux. L'espoir que tout ira mieux pour lui un jour.

Imaginez comment il serait simple de régler tous les problèmes de pauvreté PARTOUT dans le monde, si TOUS les travailleurs du monde, sans exception, gagnaient, disons, un petit $7 de l'heure. Bien sûr, nos bananes coûteraient $12 la livre et le café $75 le kilo; et nous, les Américains du Nord et Européens, serions pas mal moins gras et aurions à transformer nos vies et nos habitudes, elles aussi si grasses et plaisantes. Toutefois, le citoyen d'Haïti ou du Niger, lui, gagnerait son $7 pour nourrir sa famille convenablement et se donnerait une vie digne et adéquate. En attendant, il y a l'espoir que l'Aide Internationale va finir par en finir avec la pauvreté dans le monde.

Ahhhh, l'espoir.

Alors, qu'est-ce qui est mieux: le syndrome «bien-heureux-les-creux» qui nous dégage de toute responsabilité personnelle quant à notre conscience de la réalité ou la pleine conscience, parfois pénible et souvent épeurante?

Personnellement, je choisis la conscience car de ne pas voir ne nous empêche aucunement de souffrir. Et tant qu'à souffrir, je préfère savoir pourquoi plutôt que de souffrir dans l'ignorance.

2 commentaires:

  1. "Hope" is all that remained in the box Pandora opened when she unwittingly let loose all the woes that now plague the world.

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  2. Qu'est-ce que la réalité? Et si l'espoir était le voeux que demain soit comme aujourd'hui... Serait-ce une forme de satisfaction du bonheur conjugué au quotidien? Étant à tendance plutôt heureuse, je ne suis pas certaine que l'espoir soit une si bonne affaire. Je suis loin d'être convaincue cependant que l'on perçoive tous notre réalité telle qu'elle est. Peut-on être heureux strictement parce que l'on perçoit l'être ? Je crois que l'on invente tous notre réalité. Certains ont plus d'habileté que d'autres à faire de cette réalité des moments de bonheur. Je ne vis pas d'espoir mais je peux comprendre tout à fait que de croire qu'une maladie guérira ou qu'un médicament nous soulagera d'une douleur certaine puisse être un jeu utile pour retrouver notre réalité aussi minable ou merveilleuse puisse-t-elle être avec bonheur.

    And "Life is two locked boxes each containing each other's key."

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