PARDON ?
Bon, ça y est: il a complètement flippé ! Vive la souffrance ... voyons donc. Sortez-le du Timor avant que qu'il ne parte une secte d'aussi fou que lui et que l'ONU soit impliqué dans un scandale international avec accent Québécois.
Je vais vous surprendre : nous sommes en manque de souffrance en Occident. (Êtes-vous supris?)
Du moins, nous sommes en manque de conscience de la souffrance. Ce n'est pas que nous ne souffrons pas. Oh! que non: c'est que nous, en haut dans le nord, nous ignorons la souffrance. Ceux qui vivent dans la misère et la pauvreté, eux, la connaissent, la vivent intensément. Ils sont très proches compagnons de la souffrance. C'est un tourment plus directe, plus matériel. Ils ne sont pas dupes: la souffrance fait partie du make-up intrinsèque de l'humain et de sa vie.
Je m'explique.
La souffrance est partout, chez tous les humains. Il n'y a aucun être humain que ne souffre pas. Bouddha le savait bien et le disait : la vie est souffrance. Par contre, chez les riches, comme nous, à cause de tous les moyens matériaux que nous avons à notre disposition pour fuir cette souffrance, nous avons l'impression que nous l'avons vaincu. Privilège de richards. On mérite bien cela, non
Non. La vie ce n'est pas une annonce de bière. C'est la vie.
En Occident, nous ne voulons plus rien savoir de notre souffrance, comme nous refusons notre propre mort. Les options pour fuir la souffrance sont, d'ailleurs, beaucoup plus variées que pour fuir la mort. Ça coûte cher mais ça vaut la peine.
Malheureusement, tout cela ne fonctionne ab-so-lue-ment pas. Zilch, zéro, nada, rien. Et nous continuons à souffrir, tout autant qu'avant la dépense. De cela, deux effets pervers:
- Nous croyions ne plus souffrir et nous ne comprenons pas pourquoi nous ne sommes pas bien, heureux malgré le coût et la dépense. Cela ne peut pas être de la souffrance que l'on ressent: on a fait de si beaux achats ! Donc, il doit sûrement y avoir autre chose qui ne fonctionne pas chez nous, et là, franchement, on ne comprend plus. Donc, encore plus de souffrance.
- Nous n'adressons jamais de front la question de cette souffrance: sa source, sa résolution, sa raison d’être. Nous vivons dans un aveuglement volontaire et simpliste. Une ignorance malheureuse.
La souffrance nous manque. Nous manquons notre souffrance. Elle, elle est au rendez-vous, mais pas nous.
La conscience de notre souffrance est capitale. Nous avons énormément à apprendre de notre souffrance, c'est d'ailleurs pourquoi elle existe. Pour nous transformer; pour voir. C'est comme la douleur de la brûlure sur le rond de poêle : si nous ne ressentons pas la douleur, comment savoir que se mettre la main sur un rond brûlant n'est pas très bon pour la sante.
Nous devons souffrir dans ce que nous sommes si nous voulons changer quelque chose. Nous devons suer, comme dirait l'autre. Il semble que ce soit ainsi que le Bon d'Zieu nous a fait. En trichant comme nous le faisons avec la souffrance, nous retardons notre évolution - ô combien nécessaire - de quelques décennies, voire de quelques millénaires. C'est la souffrance qui nous fait comprendre que quelque chose ne tourne pas rond, que nous devons agir … ou du moins, comprendre pourquoi nous souffrons.
C'est encore plus triste (et dur) pour les jeunes. Jamais on ne leur dit que la vie sera remplie de souffrance. Que c'est ainsi. Que la souffrance, ce n'est pas un mal; au pire, c'est un mal nécessaire - pour vivre, changer, devenir meilleur. Que c'est une route normale et indispensable. Qu'il ne faut pas la passer sous silence et s'échiner à la fuir, mais plutôt tenter de l'accueillir, l'accepter, l'observer du mieux que l'on peut, comprendre.
Que, surtout, c'est normal et qu'ils sont normaux de la ressentir et de la vivre. Nous leurs enseignons bien que pour progresser dans leur discipline sportive, il faille souffrir un peu (parfois abondamment). Ils acceptent de le faire pour gonfler leurs muscles, repousser la limite de la douleur. Pourquoi pas dans le développement spirituel ?
Jamais nous leur donnons des techniques de compréhension et de résolution sereine et profitable de ces moments de souffrance. Cela pourrait bien s'enseigner à l'école - pourquoi pas ? Que ce soit une voie bouddhiste, catholique, musulmane ou laïque, peu importe. Mais il faut en parler de cette damnée souffrance ! D'ailleurs, en y pensant sérieusement quelques minutes, nous nous rendrons bien compte que nous avons aussi été des enfants à qui personne n'a jamais expliqué la souffrance et son utilité.
Nous sommes aussi ignares au sujet de la souffrance que nous les sommes pour la sexualité. Les deux sont des occasions essentielles pour le développement humain et, paradoxalement, les deux sont des sujets tabous dans notre monde. Nous sommes des handicapés de la souffrance. Comme le manque de connaissance sur la sexualité nous mène directement à la pornographie, l'absence de confrontation à la souffrance nous conduit tout droit à la maladie mentale.
Rien de moins.
D'allié, la souffrance se transforme donc en ennemi à abattre. À se fier aux publicitaires et au monde consommateuriste, il ne faudrait jamais souffrir. Il n'est pas bon de souffrir, il n'est pas nécessaire de souffrir. Évidemment, cela coûtera cher, cher, cher. Toutefois, en payant assez, on y parviendra bien. Le bonheur (c'est-à-dire, l'absence de souffrance) est à la portée de tous, du moins de ceux possédant suffisamment de cartes de crédit.
Malheureusement, un coup les cartes de crédits épuisées, après le retour des voyages à Cancún, quand on éteindra le téléviseur 60 pouces, la souffrance sera toujours aussi présente - probablement encore plus. Elle fait partie de nous comme le sang dans nos veines. Inéluctable, inévitable, fatale, obligatoire, indispensable.
Alors, tout est à refaire. Ou plutôt, à faire. À apprivoiser, à accepter, à en profiter.
À vivre, quoi.
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